Pros comme amateurs souffrent du jeu lent. Adopter le Ready Golf est l'une des préconisations du R&A pour tenter de régler le problème !
Pros comme amateurs souffrent du jeu lent. Adopter le Ready Golf est l'une des préconisations du R&A pour tenter de régler le problème ! © AFP
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Evitez le jeu lent - Nous avons testé le Ready Golf !

Aujourd’hui, le jeu de golf souffre de sa lenteur. Pour tenter d’y remédier, le Royal & Ancient a décidé de promouvoir le Ready Golf. Le concept est simple : le premier qui est prêt joue ! Cela permet-il réellement de jouer plus vite ? Pour en avoir le cœur net, nous l’avons testé sur un 18 trous. Bilan : globalement positif !

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"Au golf de Chantilly, une partie en deux balles se joue en 3 h 30, grand maximum", m’explique Christophe, mon partenaire du jour, directeur artistique de Golf Magazine et également membre de ce vénérable club cantilien. Réputé pour être l’un des garants de l’esprit du jeu dans ­l’Hexagone, le club de Chantilly applique les principes du Ready Golf depuis le début de l’année. Aussi, c’est dans ce lieu où le jeu lent n’est plus le fléau du golf que nous avons décidé de tester le Ready Golf dont le concept pourrait se résumer ainsi : le premier qui est prêt, joue. Un dispositif de nouvelles consignes que le Royal & Ancient, l’une des deux grandes instances dirigeantes du golf dans le monde, a lancé en début d’année pour lutter contre le jeu lent. Nous avons donc réservé un départ sur le tracé de Vineuil, de bonne heure le matin, afin de ne pas risquer de buter sur d’autres parties.

Des « règles » de bon sens

Dès le tee du 1, les ennuis commencent. Christophe, joueur au swing puissant mais parfois indomptable, expédie son deuxième coup dans le rough de droite. Idem au 2 pour son drive. Très vite, ce solide 8 d’index se rend compte qu’il a confondu Ready Golf et jouer le plus vite possible, perdant au passage sa routine, son rythme et quelques balles… En effet, le Ready Golf n’est pas une course dont le but est d’arriver le plus vite possible au club-house. Il s’agit, en fait, de mesures très simples, qui sans changer grand-chose à sa façon de jouer habituelle doivent permettre de gagner quelques précieuses minutes sur son temps de jeu global.

Ainsi, si votre partenaire a besoin de plus de temps pour choisir son club ou lire sa ligne de putt, alors que vous êtes prêt à jouer et même si vous êtes plus près du trou, jouez. Si l’approche ou la sortie de bunker de votre partenaire a traversé tout le green, laissez-lui le temps d’aller jusqu’à sa balle. En attendant, jouez. Si votre partenaire s’est arrêté au club-house et même si vous n’avez pas l’honneur, jouez. Et si vous voulez attaquer un green en deux risquant de toucher la partie qui vous devance, laissez jouer votre partenaire moins audacieux…

Le Ready Golf ne répond à aucune règle écrite et établie. Chacun peut en inventer de nouvelles. D’ailleurs, le plus souvent, il s’agit simplement de bon sens, autorisant un joueur qui n’a pas l’honneur ou dont ce n’est pas le tour de jouer à taper son coup en premier puisque son partenaire n’est pas prêt. Mais, bien évidemment, en s’assurant toujours que les règles de sécurité le permettent.

15 à 20 minutes gagnées sur 18 trous

En appliquant les principes du Ready Golf, nous passons le trou 6 en moins d’une heure et le 9 en 1 h 25, et cela malgré plusieurs balles égarées. Nous en profitons, d’ailleurs, pour prendre un peu d’avance sur les nouvelles règles qui ne prendront effet qu’en 2019, en limitant notre temps de recherche à deux ou trois minutes. De toute façon, au-delà de cette limite, il est rare de retrouver sa balle… Au trou 10, c’est à mon tour de connaître un sérieux passage à vide : drive dans le rough, recentrage dans le rough d’en face. Christophe dont la balle est plein fairway et 20 mètres devant, joue son coup avant moi. Une fois sur le green, il me fait part de ses doutes concernant certains aspects du Ready Golf : "J’ai du mal à aller jouer ma balle, alors que l’un de mes partenaires de jeu est en difficulté. J’ai l’impression de jouer sans m’occuper de lui, un peu égoïstement". En fait, c’est tout l’inverse. Ce temps qu’il me laisse, en allant jouer sa propre balle, me permet d’aller à la mienne plus sereinement et sans me sentir épié par un partenaire qui attend, parfois un peu impatiemment, que je joue avant de pouvoir lui-même jouer. D’ailleurs, mon troisième coup trouve le milieu du green.

Au 13, mon drive s’égare à nouveau dans le rough. Celle de Christophe est pleine piste. Je commence à chercher ma balle tout seul, pendant que Christophe va jouer son deuxième coup. Lorsqu’il arrive, je viens de la retrouver. Si Christophe était venu m’aider directement, nous ne l’aurions pas forcément retrouvé plus vite et il aurait, lui, encore son coup à jouer. Temps gagné : deux à trois minutes.

Au 14, Christophe trouve le bunker de fairway. Il tente le tout pour le tout, mais sa balle touche la butte et sort juste 10 mètres devant. Pendant qu’il ratisse et va à sa balle, et alors que ce serait encore à lui de jouer, je vais taper mon coup, au lieu de le regarder ratisser. Temps gagné: une à deux minutes.

Dès la fin du trou, nous quittons le green, sans perdre de temps, puisque nos chariots sont du bon côté et que je suis prêt à remettre le drapeau dès que Christophe a enquillé son dernier putt. À peine arrivé au départ suivant, j’empoigne mon driver et tape mon coup. Je noterai mon score ensuite, pendant que Christophe tapera son propre drive. Temps gagné : une minute environ.

Sur 18 trous, ce sont 15 à 20 minutes qui peuvent ainsi être grappillées en appliquant ces règles de bon sens et qui ne nuisent nullement ni à l’esprit du jeu ni à la convivialité de la partie. D’ailleurs, le Royal & Ancient a décidé d’appliquer le Ready Golf aux phases qualificatives du prestigieux British Amateur. Des principes qui peuvent aussi bien s’appliquer en partie amicale qu’en compétition, mais uniquement en formule stroke-play. En effet, en match-play, les notions d’honneur et d’ordre de jeu font partie intégrante des règles de golf et y déroger peut entraîner des sanctions.

Fluidifier le jeu

La fin du parcours approche. Malgré le difficile finish du tracé de Vineuil, qui nous cause quelques soucis, nous rentrons nos derniers putts, trois heures et cinq minutes après avoir tapé nos drives au départ du 1. Et cela sans avoir eu l’impression de nous dépêcher ou au détriment de nos cartes de score. Ainsi, Christophe joue quelques coups au-dessus de 80, tandis que, de mon côté, j’évite de justesse le 90, ce qui correspond pour chacun à notre niveau de jeu. Jouer en appliquant les principes du Ready Golf permet ainsi de réduire sensiblement le temps passé sur le parcours et de fluidifier le jeu, tout en respectant les règles du golf et les grands principes de l’étiquette. Évidemment, le Ready Golf n’est pas non plus la solution miracle.

Dans les golfs commerciaux, avec des départs 4 par 4, toutes les huit minutes, les risques d’embouteillages seront toujours plus grands. Sans oublier que chaque golfeur est différent. Les uns ont des routines de préparation plus lentes, d’autres n’ont jamais de balle, de tee ou de gant à portée de main. La forme du jour a aussi des effets importants sur le temps de jeu. Moins on s’égare, moins on perd de temps à chercher ses balles…

Mais si l’on veut à tout prix réduire la durée des parties, d’autres mesures s’imposent, comme privilégier des parcours moins longs, moins difficiles, en partant de marques de départ adaptées à la longueur de ­chacun, ou encore de petites structures comme les 9 trous ou les pitch and putt… Au final, on se rend compte que le jeu lent naît surtout d’un manque de bonnes habitudes golfiques. Réfléchir à son coup pendant que son partenaire joue, laisser son chariot du bon côté du green ou laisser jouer en premier celui qui est prêt, même s’il n’a pas l’honneur, permettent de partager cet espace commun qu’est le parcours, sans gêner ou déranger les autres. C’est bien cela qui est conforme à l’étiquette et à l’esprit du jeu.

 

Les 8 grands principes du Ready Golf

  • Quand un joueur a un coup délicat et réfléchit aux différentes options, si un autre joueur, même plus près du trou, est prêt, il peut jouer.
  • Si un long frappeur a l’honneur sur un trou, mais risque de toucher la partie de devant, les joueurs plus courts peuvent jouer avant lui.
  • Si un joueur qui a l’honneur au départ a été retardé, le premier joueur prêt peut jouer.
  • Si un joueur a égaré sa balle, il commence à la chercher, seul. Pendant ce temps, les autres joueurs vont taper leurs propres coups et viendront ensuite l’aider à chercher.
  • Sur le green, si le joueur le plus près du trou est prêt avant les autres, il peut jouer, même si cela l’amène à marcher près des lignes de putt des autres joueurs.
  • Si un joueur vient de frapper sa sortie de bunker et se trouve le plus loin du trou, ses partenaires jouent avant, afin de lui laisser le temps de ratisser le sable et de se préparer pour son coup suivant.
  • Sur une approche, si la balle d’un joueur traverse tout le green, les autres peuvent jouer afin de laisser le temps au joueur d’aller jusqu’à sa balle.
  • Dès la fin d’un trou, on quitte le green sans délai et on ne marque son score qu’au départ suivant, sauf pour celui qui joue en premier. Il marquera son score après avoir joué et pendant que les autres joueurs drivent.
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Témoignages

PIERRE BECHMANN

8.3 d’index, 60 ans, président d’honneur du golf de Chantilly et capitaine du Royal & Ancient en 2012-2013

 

« C’est efficace et facile à réaliser dans de nombreux cas. Nous avons fait l’expérience récemment, lors d’une médaille du Royal & Ancient en trois balles. Sur l’Old Course, nous avons effectué la plupart des parties entre 3 h 35 et 3 h 50. On a gagné, en moyenne, entre 15 et 20 minutes par partie. Tout le monde était ravi d’avoir pu jouer plus vite. Quant à la convivialité, je trouve que le quart d’heure que l’on gagne sur le parcours peut être utilisé agréablement en profitant mieux du 19e trou. Parmi les petits gestes qui peuvent faire gagner du temps, arrêtons de marquer à tout bout de champ la balle sur le green. Sauf lorsqu’elle gêne ou qu’il faut la nettoyer, ce n’est pas la peine de la marquer à chaque fois. On gagnerait du temps et de l’effort physique ! Je suis persuadé que chaque joueur peut grappiller 10 à 15 secondes par coup. »

 

DENIS FABRE

7.8 d’index, 51 ans, directeur du golf de Saint-Cloud et président de l’Association des directeurs de golfs français

 

« Tout ce qui concourt à accélérer le jeu est bénéfique pour tout le monde, les golfs comme les golfeurs : putter dans la continuité ou aller jouer sa balle avant d’aller aider un partenaire qui s’est égaré… Mettre cinq heures pour faire 18 trous est une plaie. À vélo, contrairement au golf, tu sais à quelle heure tu pars et à quelle heure tu arrives, c’est très confortable pour organiser sa journée. Je suis persuadé que le Ready Golf devient vite spontané chez les golfeurs. Malgré tout, j’y vois quand même deux difficultés. La première, c’est la sécurité. Cette pratique incite parfois les joueurs à aller très vite à leur balle sans trop faire attention aux autres. La seconde, c’est que l’on voit assez souvent des golfeurs qui se retrouvent à jouer en même temps, par manque de communication. Mais de manière générale, le Ready Golf est une excellente chose et il faut y sensibiliser les joueurs. »

 

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