Face à face, Jim Furyk et Thomas Björn, les capitaines américain et européen de la Ryder Cup 2018.
Face à face, Jim Furyk et Thomas Björn, les capitaines américain et européen de la Ryder Cup 2018. © AFP
Ryder Cup

Jim Furyk - Thomas Bjørn : le match est lancé !

De passage à Paris, pour donner le coup d’envoi officiel de la Ryder Cup 2018 à l’occasion du traditionnel One Year to Go, Jim Furyk et Thomas Bjørn, les capitaines américain et européen, ont échangé avec les médias français et internationaux. Florilège de mots entendus sur différents thèmes, à moins d’un an du grand rendez-vous au Golf National…

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UNE RYDER CUP À PART EN 2018 ?

Jim Furyk : Je suis extrêmement impressionné par mes deux journées passées à Paris. Tous mes remerciements à Ryder Cup Europe, mais aussi à la France pour son hospitalité. Le premier soir, nous avons dîné au château de Versailles, lors d’une soirée incroyable. Et nous avons aussi pris un petit déjeuner à la résidence du président de la République, avant de refaire, club en mains, ce qu’avait réalisé Arnold Palmer, l’une de mes idoles, depuis la tour Eiffel, il y a quarante ans. Deux journées vraiment phénoménales. Depuis que j’ai été nommé capitaine, nombre de joueurs européens croisés aux États-Unis m’ont demandé si j’avais eu la chance de découvrir ce tracé qui, selon eux, fait partie des trois ou cinq meilleurs de leur circuit. J’ai eu ­l’opportunité de passer au Golf National en juillet et j’ai pu prendre conscience de la qualité de l’Albatros. J’y ai joué deux fois. C’est un site fantastique, pas seulement en stroke-play, mais aussi en match-play, en raison des questions stratégiques que pose ce tracé. En refaisant le parcours avec les juniors français et Thomas, j’ai pu prendre la mesure de ce que pourrait être ce stadium entre les trous 15 et 18 et le bruit que cela pourrait engendrer. Je pense que cela pourrait être le plus grand cadre jamais imaginé pour une Ryder Cup.

Thomas Bjørn : C’est l’une des toutes premières fois que la Ryder Cup est organisée dans l’une des plus importantes métropoles mondiales. En septembre 2018, nous jouerons pendant trois jours avec ce décor exceptionnel en arrière-fond. Ce sera donc une Ryder Cup comme aucune autre. Jim et moi sommes très chanceux d’être les capitaines d’une édition si spéciale. Nous avons tous les deux de longues carrières, nous avons été impliqués dans de nombreuses Ryder Cup et nous voilà désormais capitaines. Je crois beaucoup aux valeurs de l’amitié. La Ryder Cup a beaucoup changé avec le temps. Quand j’ai commencé, les deux équipes étaient très antagonistes. Désormais, la camaraderie se répand d’un camp à l’autre. Comme j’ai toujours pensé qu’il était plus amusant de battre des copains que des ennemis, on va bien s’amuser au cours de l’année qui vient. (Sourire) Mais c’est également un événement planétaire et passionnel qui nous dépasse. La Ryder Cup rassemble des gens dans un monde parfois fragmenté. Si notre rôle de capitaine est de conduire nos équipes respectives, nous devons aussi montrer que le golf peut unir des milliers personnes au même moment.

LE PUBLIC : AVANTAGE OU INCONVÉNIENT ?

Jim Furyk : Les meilleurs joueurs du monde doivent être capables de connaître un parcours au bout de deux ou trois jours d’entraînement. Évidemment, dans une compétition comme la Ryder Cup, mais c’est aussi valable pour d’autres événements, jouer un match à la maison constitue un avantage, ne serait-ce que du point de vue du public. Et je tire mon chapeau au public européen capable de faire beaucoup de bruit aux États-Unis, avec des chansons entonnées par 2 500 personnes en mesure de rivaliser avec 30 000 Américains criant « USA ! USA ! ». (Sourire) Dans ce contexte, ce ne sera pas facile pour nous, d’autant que nous avons vingt-cinq ans de cicatrices, liées à plusieurs défaites consécutives en Europe, à surmonter [NDLR : la dernière victoire américaine en Europe remonte à 1993]. C’est, en quelque sorte, notre frontière ultime. Il est clair que les Européens aiment le parcours de l’Albatros dont ils disent le plus grand bien. Cela dit, nous avons des jeunes joueurs de talent et j’ai hâte de les voir relever ce défi, en espérant qu’ils feront mieux que leurs prédécesseurs.

Thomas Bjørn : Il y a toujours un avantage à jouer devant son public, parce qu’il sera en majorité acquis à notre cause. Nous connaissons très bien l’Albatros et nous allons nous sentir à l’aise dans ce décor. Mais lorsque vous mettez face à face vingt-quatre des meilleurs golfeurs du monde, vous savez très bien qu’ils vont tout donner, quel que soit le tracé. Ils vont aimer toute adversité en raison de leur statut de joueur de très haut niveau. Pour les Américains, se retrouver devant un public hostile va même les galvaniser encore plus. Et je suis certain que dans l’équipe de Jim, il y aura des joueurs qui sauront tirer avantage de ce type d’ambiance Mais nous aimons ce parcours, nous aimons cette ville où nous venons depuis de nombreuses années. Et nous sommes persuadés que nous allons présenter une équipe susceptible de gagner ici. Parce que c’est bien sûr un atout de très bien connaître ce parcours. Est-ce que cet atout sera décisif ? L’avenir le dira…

LE PARCOURS DE L’ALBATROS, UN DÉFI TECHNIQUE POUR LES AMÉRICAINS ?

Jim Furyk : Les greens de l’Albatros sont très larges et il est clair que ce n’est pas un avantage pour nous, dans la mesure où, aux États-Unis, nous sommes habitués à des greens plus étroits avec, généralement, deux ou trois positions de drapeau évidentes. Ici, à partir du moment où le parcours nous est moins familier qu’aux Européens, ce sera plus difficile pour nous d’anticiper les pentes ou les distances en fonction des différentes positions de drapeau. C’est clairement un désavantage. Je crois que Thomas a disputé l’Open de France à quinze reprises sur ce tracé et beaucoup de joueurs européens ont parfaitement leurs repères ici en fonction des multiples positions de drapeau. C’est la raison pour laquelle j’encourage vraiment les joueurs potentiels de mon équipe à venir s’entraîner ici à un moment ou à un autre, je les inviterai à reconnaître le tracé avec moi, avant ou après le British Open et cela même s’ils auront également le temps de se familiariser avec pas mal de choses entre le mardi et le jeudi de la semaine de Ryder Cup.

LE GOLF FRANÇAIS EN PROGRÈS ?

Thomas Bjørn : Le golf français n’a peut-être pas de stars, mais quand vous êtes sur le circuit européen, vous pouvez noter combien les Français sont nombreux à s’être fait une réputation. Regardez Victor Dubuisson, Alexander Levy ou encore Romain Wattel, qui a gagné il y a quelques semaines. Le talent est là avec, parfois, des succès à la clé. Il suffirait qu’un Français remporte un Majeur pour qu’il devienne une star. Mais la France n’est pas le seul pays, loin s’en faut, à ne pas avoir la chance de compter un vainqueur du Grand Chelem dans ses rangs. Je suis originaire de l’un d’entre eux, je sais de quoi je parle. (Sourire) Le golf ne se limite pas à une question de nationalité. Il y a plus de golfeurs dans les îles britanniques ou en Amérique, et il est donc normal que ces pays aient été davantage gâtés dans le passé. Et je crois qu’il faut d’autant plus respecter les joueurs qui essaient de casser des barrières comme en France, où il existe de formidables potentiels. C’est une question de temps et de patience. Je n’ai aucun doute, un jour, la France aura le champion qu’elle attend.

UN JOUEUR OU UN VICE-CAPITAINE FRANÇAIS EN 2018 ?

Thomas Bjørn : Mon honnêteté consiste à dire que, lorsqu’il s’agit de l’équipe, mon seul travail est de sélectionner les douze meilleurs joueurs pour l’équipe européenne. Et peu importe d’où ils viennent. Sachant que ce n’est pas un souci pour moi de fonctionner de la sorte. On me pose cette question à chaque fois en France : « Y aura-t-il un joueur français dans votre équipe ? ». Mais c’est aussi la même chose quand je suis au Danemark : « Y aura-t-il un Danois dans votre groupe ? ». Bien sûr, en tant que Danois, j’aimerais que ce soit le cas, comme j’aimerais qu’un joueur français puisse évoluer devant son public. Mais j’ai aussi un profond respect pour l’équipe et j’ai bien l’intention de sélectionner les douze meilleurs joueurs européens pour la Ryder Cup 2018 sans trop songer à leur nationalité, car nous allons affronter des adversaires très forts. Nous avons besoin des douze joueurs qui nous offriront les meilleures chances de l’emporter. Quant à mes vice-capitaines, j’ai déjà donné le nom de Robert Karlsson, avec qui je m’entends très bien. Et, pour l’heure, je n’éprouve pas le besoin d’annoncer quelqu’un d’autre. Lorsque je sentirai que ce sera l’instant idéal, je ferai état de mes choix. Je pense que les vice-capitaines sont essentiels au sein d’une équipe et leur choix nécessite ­également l’aval des joueurs. J’ai besoin de leur parler et de leur demander quelles sont les personnes dont ils veulent s’entourer. Alors, chaque chose en son temps.

DE JEUNES JOUEURS DANS L’EQUIPE : ATOUT OU FAIBLESSE ?

Jim Furyk : Les jeunes joueurs de la nouvelle vague américaine n’ont peur de rien. Ils sont à l’aise sous la pression, comme s’ils avaient été habitués à celle-ci depuis leur plus jeune âge. Cela paraît transpirer par tous les pores de la peau de Jordan Spieth, Justin Thomas ou Brooks Koepka. En même temps, ce ­comportement ne nous est pas propre. Regardez Jon Rahm du côté des Européens. Qui le connaissait en 2016 ? Et regardez ce qu’il a été capable de faire cette saison, agissant comme un joueur classé dans le Top 10 depuis très longtemps. Peut-être que cette mentalité nous permettra de surmonter le fait que nous n’avons plus gagné en Europe depuis 1993. Certains étaient à peine nés à l’époque et, pour eux, cela ne veut ­probablement pas dire grand-chose. Ils n’ont pas été marqués comme je l’ai été par ces défaites successives. Ils ne portent pas ce fardeau et ils n’en seront peut-être que plus légers. J’ai joué neuf Ryder Cup pour seulement deux victoires. Mes cicatrices existent, mais ce ne sont pas les leurs.

Thomas Bjørn : Je ne crois pas que le fait d’avoir eu six rookies en 2016 a été la cause de notre échec. Une équipe de Ryder Cup consiste toujours en un savant mélange ­d’expérience et de jeunesse avec des dosages très subtils. Et il y a différents types de rookies. Il y a ceux qui vont s’imposer d’emblée dans la compétition, comme cela a été le cas pour Sergio García ou Ian Poulter chez les Européens ou comme Patrick Reed chez les Américains. Et il y a ceux pour qui cela va prendre un peu plus de temps. À Hazeltine, le fait d’avoir été menés d’emblée 4-0 a tout bouleversé. Après un si mauvais départ, vous vous reposez inévitablement sur les joueurs d’expérience pour essayer de réduire l’écart. Et cela met les rookies dans une position forcément plus défensive, comme cela a pu être le cas, par exemple, pour Matt Fitzpatrick. À l’heure où nous parlons, Tyrrell Hatton est dans les premières places du classement après ses succès à l’Alfred Dunhill Links Championship en Écosse et à l’Open d’Italie. Eh bien, je suis sûr que s’il gagne sa sélection, il sera un excellent rookie, à la manière de Patrick Reed, car on voit clairement qu’il possède le même type de tempérament sur le parcours. Et je veux vous dire que, de manière générale, je suis extrêmement confiant. En regardant le dernier classement mondial, j’ai constaté que onze des vingt et un premiers mondiaux étaient européens. Je crois que cela n’a pas dû arriver souvent. Rookies ou pas, je les prends tous si la compétition a lieu demain. Sur le papier, nous sommes très forts. À nous de le confirmer au Golf National.

AVEC OU SANS TIGER WOODS ?

Jim Furyk : A la question de savoir si l’équipe a besoin de Tiger, quel que soit son rôle, je réponds qu’il est une richesse et qu’il sera toujours le bienvenu dans le groupe comme joueur ou comme vice-capitaine. Il est un atout supplémentaire dans une pièce lors d’une discussion. Donc, je crois que oui, il fera partie de l’équipe d’une manière ou d’une autre. Mais je n’ai pas eu encore de discussion à ce sujet avec lui. Aujourd’hui, vous avez beaucoup de joueurs dans l’équipe qui se sont mis au golf grâce à lui. Ils voulaient être comme Tiger Woods. Il était leur héros. L’avoir avec nous serait forcément un avantage. En dépit de son inactivité, il est resté connecté au circuit et aux autres joueurs par le biais de ses fonctions de vice-capitaine de Ryder Cup et de Presidents Cup. Il a beaucoup dialogué avec les capitaines Davis Love et Steve Stricker. Il a montré énormément d’intérêt et je sais que, quelle que soit sa position dans un an, cette Ryder Cup le mobilisera à coup sûr.